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De l'Être à l'Objet

De l'Être à l'Objet : La Folklorisation comme Colonisation Mentale

Dans le tumulte de la modernité globale, une question revient souvent, tel un refrain teinté de mépris ou d'ignorance : « Que faire de notre identité ? À quoi sert encore notre langue ancestrale ? » Cette interrogation, loin d'être un simple signe de pragmatisme, cache en réalité une pathologie profonde de la conscience : le passage de la Subjectivité à la Réification.

Folklorisation
Le Piège de l'Utilitarisme Superficiel
Lorsqu'un individu demande l'utilité d'une langue comme le tamazight, il ne s'inscrit pas dans la lignée de la philosophie pragmatique — laquelle reconnaît que la stabilité psychologique et la cohésion culturelle sont des « bénéfices majeurs » pour la productivité humaine. Il s'inscrit dans un utilitarisme de consommateur.

Pour ce « conscience en crise », l'identité n'est plus une valeur existentielle, mais un outil fonctionnel. Si l'outil ne semble pas « rapporter » de profit immédiat dans le marché global, il est jugé obsolète. C’est ici que commence la tragédie : l'homme se regarde comme une « chose » (h'wayej) parmi d'autres, perdant son centre de gravité intérieur pour ne plus exister qu'à travers le miroir de l'Autre.

La Folklorisation : L'Anesthésie Culturelle
 La réponse la plus insidieuse à ce vide identitaire est la folklorisation. Elle est la forme la plus aboutie de la colonisation mentale. Pourquoi ? Parce qu'elle ne supprime pas la culture, elle la castre.

Folkloriser, c'est réduire une civilisation vivante, avec ses structures sociales, sa philosophie et son droit, à un simple décor esthétique : un tapis coloré, un bijou d'argent, une danse annuelle. On transforme le Sujet politique (celui qui décide de son destin) en un Objet de spectacle (celui qui divertit le touriste ou le dominant).

« L'arbre dont on coupe les racines ne devient pas un pilier de construction ; il devient simplement du bois mort. »

En acceptant de n'être qu'un folklore, le dominé valide l'idée que sa culture appartient au passé, au "musée", tandis que la modernité et la science appartiendraient exclusivement à l'Autre. C'est le stade suprême de l'aliénation.

Le "Je" comme Acte de Résistance
 Perdre son identité, ce n'est pas seulement oublier son nom. C'est vivre ce que le sociologue Zygmunt Bauman appelait la « modernité liquide » : un état d'errance où, faute de noyau interne, l'individu devient une feuille morte poussée par les vents de la consommation de masse. Sans boussole morale dictée par ses propres valeurs, il perd sa dignité d'homme pour devenir une unité statistique.

L'identité est la seule force qui permet de dire « Je ». Ce « Je » n'est pas un repli sur soi, mais un point d'ancrage. C'est à partir de cette "identité-racine" que l'on peut réellement contribuer à la civilisation universelle. Celui qui n'a rien en propre n'a rien à offrir au monde ; il ne fait que l'imiter.
Conclusion : Récupérer sa Part d'Humanité

Face à une modernité qui tend à la réification de l'humain, la défense de la langue et de la culture (comme le tamazight) n'est pas un combat nostalgique. C'est un combat pour la récupération de la subjectivité.
Sortir de la folklorisation, c'est exiger que l'identité sorte des vitrines pour entrer dans les laboratoires, les parlements et les écoles. C'est refuser d'être une « chose » remplaçable pour redevenir un « être » souverain. Car en fin de compte, l'identité est le droit de ne pas être un simple produit, mais d'être l'auteur de sa propre histoire.

Idles Amazigh 

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